La montée de la violence sociale, de la violence verbale, dans la population et dans le champ politique encourage l’émergence de mouvements racistes et anti-laïcs, à l’encontre des valeurs de la République. Les musées, dont la vocation est de défendre l’universalité de la culture, réagissent à ces sujets de préoccupation par des expositions qui nous interpellent, en rappelant que tous les immigrés ne sont pas des fauteurs de trouble.
Et s’ils l’ont été comme Picasso, c’est pour la bonne cause.
Tara Soultana

 

PICASSO, L’ETRANGER

Jusqu’au 13 février 2022, Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte dorée

Picasso est un mythe national en France. Depuis l’ouverture du Musée Picasso au cœur de Paris (1985), son œuvre a été pleinement intégrée à notre patrimoine. Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi pour ce peintre espagnol qui débarque à Paris pour l’Exposition universelle de 1937 où l’une de ses œuvres est présentée.

Picasso avait été fiché par la police comme « anarchiste surveillé ». Pendant quarante ans, il fut considéré avec suspicion comme étranger, homme de gauche, artiste d’avant-garde. Car Guernica, devenu l’étendard de la résistance à tous les fascismes, qui circule dans les musées des États-Unis et d’Europe depuis 1937, va le mettre en danger. Cette toile monumentale est une dénonciation  du bombardement de Guernica, qui venait de se produire le 26 avril 1937, lors de la guerre d’Espagne, ordonné par les nationalistes espagnols et exécuté par des troupes allemandes nazies et fascistes italiennes.*

Entre Royan et Paris, il tente de travailler, malgré la gravité des menaces qui s’accumulent sur sa personne comme « républicain espagnol », « artiste dégénéré » selon les termes de l’exposition de Munich en 1937, comme étranger dans un pays en passe d’être occupé par les nazis. C’est dans ce climat de tensions que Picasso dépose, le 3 avril 1940, une demande de naturalisation française qui lui sera refusée.

Malgré les difficultés, les humiliations, les rejets ou les échecs divers auxquels Picasso dut faire face à son arrivée, dans une France xénophobe à peine sortie de l’affaire Dreyfus, l’artiste alla de l’avant, construisant son œuvre avec obstination sans jamais mentionner à personne la situation pénible qui était la sienne.

Ce n’est qu’après la guerre, en 1948, que Picasso, à la suite de son généreux don de dix tableaux aux collections publiques françaises, reçoit une lettre du préfet de police de Paris lui accordant le statut de « résident privilégié », renouvelable tous les 10 ans.

« Cette exposition Picasso l’étranger contribuera-t-elle, pour reprendre la devise du musée, à « changer les regards sur l’immigration » ? Elle souligne combien la différence culturelle est un des ressorts de la création, combien la culture française est riche de la diversité de ses sources. Les artistes du monde entier ont au XXe siècle été attirés par l’hospitalité, le bouillonnement culturel, la qualité de vie, la stabilité démocratique de la France. Mais ils ont aussi souffert de difficultés à s’installer, d’absence de reconnaissance et des vagues de xénophobie. Picasso incarne magnifiquement les questions liées aux migrations, au statut d’étranger, et renvoie aux paradoxes contemporains de l’hospitalité européenne vis-à-vis du reste du monde ». (Sébastien Gökalp, Directeur du Musée national de l’histoire de l’immigration)

La découverte de sa précarité cachée et des obstacles de son parcours ne nous renvoie-t-elle pas, en miroir, une image dérangeante de notre pays et de nous-mêmes ? Car cette exposition se veut aussi une radioscopie de la France, avec les rêves qu’elle inspire, les revers qu’elle inflige, les démons qui la travaillent.

*Conservée pendant toute la dictature franquiste aux États-Unis, à la demande de Picasso, cette œuvre a été transférée en 1981 en Espagne, où elle est conservée depuis 1992 au Musée Reina Sofía à Madrid.

www.histoire-immigration.fr

HORAIRES Du mardi au vendredi, de 10h à 17h30. Le samedi et le dimanche, de 10h à 19h. Nocturnes les mercredis jusqu’à 21h.
TARIFS Tarif plein : 8 € / Tarif réduit : 5 € Gratuit pour les moins de 26 ans. Achat à l’avance obligatoire sur www.palais-portedoree.fr

 

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